Code Rood, agir contre l’exploitation destructrice du gaz en Europe le 28 août

Dans le double contexte d’un engagement de l’Europe à réduire ses émissions de CO2 d’une part, et d’un refroidissement des relations avec la Russie d’autre part, l’Europe soutient depuis quelques années des politiques visant à accroître le recours au gaz naturel et à diversifier son approvisionnement. Présenté comme une énergie verte et non polluante par les acteurs politiques et les compagnies pétrolières désireuses de se racheter une conscience écologique, le gaz est en réalité un combustible fossile et destructeur de la planète. Pour lutter contre l’exploitation de gaz, le collectif néerlandais Code Rood organise une action de masse de désobéissance civile le 28 août 2018 dans la région de Groningue (Groningen en néerlandais) au Nord des Pays-Bas, premier site gazier européen. Cette action est l’occasion de se retrouver dans un moment de lutte festive et collective pour toutes les personnes désireuses de s’engager pour la justice climatique

Le gaz, un combustible fossile destructeur

Contrairement à certaines idées reçues qui voudraient que le gaz dit naturel soit propre, son exploitation et son transport génèrent des gaz à effet de serre, en particulier du méthane, qui contribuent fortement au réchauffement de la planète. Si le méthane est parfois présenté comme moins dangereux que le CO2 car il reste moins longtemps dans l’atmosphère, son pouvoir de réchauffement est plus intense et lui est 25 fois supérieur à l’échelle du siècle.

Par ailleurs, partout dans le monde, l’exploitation du gaz génère des dégâts locaux multiples : destruction du paysage, et surtout recrudescence de tremblements de terre ressentis dans plusieurs zones d’exploitation, et dont la responsabilité de l’exploitation gazière a récemment été avérée scientifiquement [1].

Néanmoins, le gaz suscite depuis quelques années un certain engouement de la part des milieux d’affaires et politiques : pour les premiers, il est perçu comme un investissement d’avenir par rapport au charbon ou au pétrole, dont la responsabilité dans le changement climatique est si notoire que son exploitation est de plus en plus difficile à défendre auprès de l’opinion publique. Pour les seconds, il est vu comme une énergie de transition confortable : il évite de trop remettre en question la logique d’exploitation extractiviste et capitaliste qui prévaut depuis deux siècles, tout en se prémunissant des pollutions trop visibles du charbon et du pétrole.

Ainsi, en dépit de réseaux gaziers déjà bien développés et d’une demande en baisse, la Commission européenne soutient une centaine de projets gaziers qui bénéficient bien souvent de financements publics. Heureusement, ces projets d’expansion de l’infrastructure gazière européenne, qui risquent de nous enfermer dans un modèle à forte dépendance au gaz avec des infrastructures envahissantes, suscitent de nombreuses mobilisations citoyennes.

Au-delà de ces projets d’expansion, la lutte s’organise également pour fermer les exploitations directement sur le sol européen, avec l’organisation d’un camp climat à Groningen au Nord des Pays Bas du 24 au 31 août 2018.

Le contexte de la lutte locale – l’exploitation gazière à Groningen

Le champ gazier de Groningen est la plus grande exploitation de gaz d’Europe, et la dixième plus grande à l’échelle du monde. L’exploitation a commencé dans les années soixante, et est gérée par la NAM, une filiale détenue par les deux plus grosses multinationales occidentales du pétrole, Shell (néerlandaise) et Exxon Mobil (américaine).

Les dégâts environnementaux générés par l’exploitation sont nombreux : 1400 tremblements de terre ont été enregistrés depuis 1991, et des scientifiques ont récemment prouvé le lien direct entre cette activité sismique et le forage du gaz [2]. En conséquence de ces catastrophes naturelles à répétition, 100 000 familles sont actuellement évacuées de leur logement. Ces logements ont désormais une valeur quasi-nulle et les habitants ne peuvent espérer les revendre pour s’installer ailleurs. Les multiples demandes de compensation financières auprès des deux entreprises exploitantes sont restées infructueuses.

En janvier, un énième tremblement de terre dans la région a suscité une forte mobilisation : 12 000 personnes ont manifesté pour demander l’arrêt de l’exploitation du gaz et des compensations financières pour les dommages causés. Le gouvernement a été obligé de se positionner face à l’ampleur de la mobilisation, et a annoncé vouloir nationaliser la NAM et avancer la fin annoncée de l’exploitation du gaz dans la région de 2040 à 2030.

Malgré ces annonces encourageantes, beaucoup reste à faire pour assurer une transition rapide de la région vers un mode de développement juste et écologique. C’est là qu’intervient le collectif Code Rood et la mobilisation de cet été. Les locaux sont fatigué.es de 30 années de combat et ont besoin d’un apport d’énergie de l’extérieur. Code Rood, le groupe d’activistes néerlandais à l’origine de l’action, a organisé avec succès l’occupation d’une partie du port à charbon d’Amsterdam en 2017 (où les marins ne chantent plus mais où des tonnes de charbon transitent). Ils comptent cette année mobiliser des milliers de personnes à Groningen le 28 août, pour dire non à l’exploitation de gaz avec le slogan « Enough is enough » (« Trop c’est trop »).

Au-delà des spécificités du contexte de Groningen, les fondamentaux de l’exploitation fossile sont les mêmes partout, et nous sommes tou.te.s concernés : exploitation destructrice des écosystèmes, prise en otage des gouvernements locaux avec la promesse de création d’emplois et d’indépendance énergétique, refus de compenser les habitants, mépris de l’entreprise exploitante face aux mobilisations citoyennes.

Une action collective et festive fin août

Au vu des conséquences environnementales dramatiques de l’exploitation de Groningen et de la mobilisation croissante de la population locale, l’action organisée par Code Rood le 28 août pourrait jouer un véritable rôle de catalyseur et accélérer le calendrier gouvernemental vers la fin de toute exploitation et la transition vers des sources d’énergies plus propres. Pour tous les militants d’autres pays portant l’ambition de faire cesser l’extraction de charbon, lignite, gaz, or (pensons à la Guyane) ou encore l’enfouissement de déchets nucléaires (pensons à Bure) dans leur pays, cette action est donc pleine de sens et porteuse d’espoir.

Concrètement, Code Rood relaiera 5 revendications :

1. La fermeture du site prévue en 2030 – ce qui laisse encore 12 années à venir de pollution et de tremblements de terre – doit être avancée

2. Shell et Exxon Mobil doivent payer de leur poche les compensations financières pour les familles déplacées – à l’heure actuelle, les deux entreprises responsables essaient de pousser l’Etat à payer cette compensation !

3. Après fermeture du site, la transition énergétique doit se faire via les énergies renouvelables, plutôt que des importations de gaz étranger

4. Un fonds de transition doit être créé pour les travailleurs du secteur gazier qui vont inéluctablement perdre leur emploi à la fermeture du site

5. Le système énergétique néerlandais doit être démocratisé

Le collectif a décidé de mener l’action le 28 août, jour de la fête locale de Groningen, pour symboliser la dimension locale mais aussi festive de cette journée de désobéissance civile. En outre, un camp climat sera organisé en amont et en aval de la journée d’action, du 24 au 31 août, afin de préparer l’action mais aussi d’inclure des moments de festivités convivialité et de discussion sur des sujets tels que l’écologie politique, l’autogestion, la décroissance etc. Ainsi, c’est une véritable semaine de convivialité, de discussion et d’action qui se prépare ! Une formation sera organisée les deux jours précédant l’action, particulièrement utile et rassurante pour les personnes pour qui ce serait la première action de désobéissance civile.

Pourquoi et comment venir à l’action du 28 août?

Pour toutes les personnes intéressées par la désobéissance civile, par les luttes concrètes de terrain, ou encore par la perspective de faire partie d’un mouvement pan-européen de mobilisation écologiste, Code Rood est fait pour vous. De même que les actions menées en Allemagne par Ende Gelände ont inspiré de nombreux Européens à se mobiliser dans leur pays, participer à Code Rood est l’occasion d’expérimenter les pratiques de désobéissance civile et d’autogestion, pour revenir plus motivé que jamais pour participer aux luttes locales en France !

Les mobilisations récentes pour la justice environnementale et climatique (Ende Gelände, mobilisations désobéissantes au moment de la COP 21 en 2015 à Paris) ont eu un véritable retentissement médiatique et ont joué un rôle fédérateur pour les réseaux environnementaux européens. Ensemble, mobilisons-nous cette fois contre l’exploitation gazière à Groningen, et plus largement pour une énergie non-polluante partout en France et en Europe.

Le collectif français d’Ende Gelände est en lien avec Code Rood pour organiser un transport collectif sur le lieu de l’action depuis Paris. Des réunions d’information seront organisées prochainement pour donner plus de détails et répondre aux questions. N’hésitez pas à nous contacter pour plus d’information !

Pour en savoir plus :

  • Vidéo (en anglais) expliquant les dangers associés à l’exploitation du gaz :

[1] Cf article du Monde du 11 mai 2018, « Comment les humains provoquent des tremblements de terre » : http://www.lemonde.fr/geologie/article/2018/05/11/comment-les-humains-provoquent-des-tremblements-de-terre_5297310_1650773.html

[2] Ibid.